Louis-Edouard Cestac (1801-1868)

Publié le par Soeur Anne-Marie

Sans doute est-il présomptueux de vouloir, en quelques pages à peine, retracer la figure sublime d'un géant de sainteté tel que le P. Cestac. Mais, en notre temps qui a besoin de modèles, il faut se ressourcer à ces maîtres et apprendre d'eux le mystère de la charité divine oeuvrant dans une âme.

Louis-Edouard Cestac naquit le 6 janvier 1801 à Bayonne, en la fête de l'Epiphanie, et reçut dès le jour même le baptème. Son père, chirurgien dans la marine, et sa mère, d'origine basque, faisaient partie de la bonne bourgeoisie de la ville, et ils assurèrent à leurs enfants une bonne éducation, et une existence sans nuage.

Enfant pieux, droit et intelligent, Edouard - on l'appelait surtout par ce second prénom - entra à l'âge de quinze ans au séminaire d'Aire: car il voulait être prêtre, malgré la déception du père! Celui-ci rêvait d'une brillante carrière pour son fils, mais s'inclina. Attiré par les mathématiques et les sciences autant que par le latin et le grec et par le violon autant que par les sports, Edouard était un adolescent parfaitement équilibré et fort doué: on l'envoya en 1820 à Paris, au séminaire de Saint-Sulpice. Mais il y tomba malade, et dès 1821 dut renter au pays natal: professeur au séminaire de Larressore, il y enseigna les mathématiques et y connut la pauvreté. Fraternel, fidèle, indépendant, fils affectueux et soumit, âme candide et humble au point de refuser toute aide qui l'eût promu dans un milieu clérical recherché, il se lia d'amitié avec Michel Garicoïts, futur fondateur des Missionnaires du Sacré-Coeur de Bétharram et futur saint.

Il fut ordonné prêtre à Bayonne le 17 décembre 1825, et ressentit tout de suite un intense désir à l'intime de son âme: se consacrer aux pauvres. Dès 1831, il fut nommé vicaire à la cathédrale après un peu d'enseignement de la philosophie au séminaire: il fut un disciple enthousiaste de Lamennais durant quelques années.

Dès lors, il s'occupa des pauvres, car, providentiellement, on lui confia l'apostolat auprès des pauvres et le soin de la banlieue de Bayonne. Toute la misère de la cité venait vers lui, il était bon, et prodigue, donnant ses chemises, son repas et les maigres biens qu'il pouvait posséder. Il catéchisa, s'occupa de jeunes, visita les malades, confessa de façon régulière: un bon prêtre pieux et dévoué.

Dès 1833, saisi d'une inspiration soudaine, il commença à s'occuper des fillettes abandonnées, les orphelines errantes: il leur trouva une maison, un abri bien modeste, simple cuisine avec une chambre, au Hougassé. La municipalité s'émut, car les jeunes filles devenaient de plus en plus nombreuses, et on donna à l'abbé Cestac une maison communale, appelée le Grand-Paradis. Dès 1838, Elise, soeur et filleule de l'abbé, née en 1811, vint l'aider dans toutes ces tâches bien ingrates, avec quelques saintes et pieuses filles: ce n'était pas facile, les gamines renâclaient, regrettaient leurs vagabondages, leurs petites libertés, s'agitaient, firent des grèves de la faim, se montrèrent difficiles et rebelles parfois. De plus, il fallait vivre, les ressources de la petite maison étaient maigres, on emprunta mais Louis-Edouard ne se décourageait pas: il avait en la Vierge Marie une confiance filiale absolue: et toujours les secours arrivèrent, providentiellement et d'une façon qui tenait au miracle. Enfin on put s'organiser: école primaire et formation professionnelle, dans une ambiance peu à peu détendue.

Puis, à la suite d'un voeu, Louis-Edouard fit plus: il s'occupa des prostituées, les acheminant d'abord vers des Refuges, trop rares, puis en prenant deux dans le grenier de Grand-Paradis, et peu à peu d'autres: elles vivaient une existence très austère, de prière et de pénitence, qu'elles choisirent elles-mêmes. Mais l'initiative fit jaser et la bourgoisie de Bayonne se déchaîna: calomnies, cabales, qui inquiétèrent l'évêque. L'abbé restait indifférent à ces bruits d'enfer: il acquit, loin de la ville, une propriété isolée, dans les sables des Landes, et y installa ses protégées, avec leur Mère, sa soeur Elise, et les autres éducatrices... C'était en 1838. On vécut d'abord dans l'indigence et Louis-Edouard fit un séjour à La Meilleraye, la Trappe bretonne: il s'y initia à l'agronomie pour tenter de valoriser le terrain de son Refuge.

Contre vents et marées on s'organisa, on tint bon, et le miracle se produisit: les repenties de Notre-Dame du Refuge fixèrent les dunes en faisant des plantations de pins, s'occupèrent à l'agriculture, on découvrit une nappe d'eau souterraine qui facilita l'exploitation, on se livra à des travaux divers: cordonnerie, biscuiterie, dentelles, dans une atmosphère très religieuse et très familiale.

Louis-Edouard rédigea d'un trait les Constitutions de la famille religieuse qu'il fondait par nécessité, sous le vocable de Servantes de Marie... Leur vocation se résumait dans le OUI de la Vierge. Il y eut des fondations à Bayonne, à Toulouse: les religieuses y travaillaient à la lingerie de grands ensembles: casernes, collèges, et faisaient vivre, ainsi, la maison de Notre-Dame du Refuge. Là-bas on s'occupait d'agriculture avec succès, ce fut inoui, au point que Louis-Edouard fut élu Président du Comice Agricole de Bayonne. Il reçut même, en 1865, la Légion d'Honneur des mains de Napoléon III qui vint visiter l'oeuvre, admirer les récoltes, le bétail - splendide -, goûter le pain, s'étonner devant toute la richesse de cette réalisation spirituelle autant que matérielle.

En 1851, cédant au désir de quelques repenties avides de pénitence, Louis-Edouard leur donna après mure réflexion une règle de silence et d'érémitisme et les installa dans de pauvres cellules isolées où elles purent à loisir prier et travailler menant la vie des trappistines: ce furent les Bernardines de Notre-Dame du Refuge. Devant tant de succès, toutes les vois discordantes se turent, les fondations purent se multiplier, l'arbre grandit splendidement: il est toujours vivace.

Quel était le secret de Louis-Edouard? Marie. Un total abandon à la Vierge: il connut une inouie présence mariale, qui le guida toujours: locutions et intuitions fulgurantes, ni apparitions ni autres grâces extraordinaires. Il mourut le 27 mars 1868: l'ouevre était florissante. Elise était morte jeune encore, en 1849, leur mère en 1855 au Refuge, et 27 soeurs aurpès des victimes du choléra en 1855. Mais l'oeuvre était solide, implantée dans l'Eglise Mère qui l'avait reconnue en 1852. La cause de canonisation de Louis-Edouard et d'Elise Cestac a été assez rapidement introduite à Rome, et se poursuit bien à présent: "Demande-moi seulement mon esprit", dit un jour la Vierge à Louis-Edouard: il ne se permit jamais de rien demander d'autre, il a eu cet esprit.

Soeur Anne-Marie - "Rosa Mystica", Janvier-Février 1980, Centre Bethania, Chaussée de Waterloo, 25, B-5000 Naumur

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Soeur Iribarren 04/06/2007 16:24

Les Servantes de Marie Anglet voudraient savoir:
- qui est l'auteur de cet article, Sr Anne-Marie?
_ et la brochure "Rosa Mystica" - ( janv.Fév 1980?
Avec leurs remerciements.